Im Wald… DANS LA FORÊT par Eric La Casa

[55 minutes]
En 1996, Jephan de Villiers, sculpteur et écrivain, m'a ouvert son atelier de Bruxelles, en lisière de la forêt de Soignes. A partir de cette rencontre, j'ai commencé à construire des œuvres sonores avec la complicité de sa voix, de son corps, de ses matériaux, dans l'intimité de ses espaces de travail, dans la forêt… Aujourd'hui, je propose à l'auditeur d'entrer à son tour en ce territoire de l'écoute. Ici, au-delà de tout discours protocolaire sur l'art, l'auditeur approche "directement" l'imaginaire sonore de l'artiste, de son œuvre - paysage réel et rêvé.

Fast acht Jahre lang hat Eric La Casa an diesem Projekt mit dem und über den Bildhauer und Schriftsteller Jephan de Villiers gearbeitet, der sein Atelier im Wald von Soignes bei Brüssel hat und dort in enger Beziehung zur Natur lebt und arbeitet.

La Casa hat in einer ersten Phase naturhafte Objekte des Bildhauers zum Klingen gebracht und aufgenommen, dann den Künstler selbst, seine Stimme, seinen Atem und beim Lesen seiner Texte. Dieses Material wurde im Computer Bearbeitungsprozessen unterworfen, die sie "vom festen in gasförmigen Zustand versetzt haben: Wolken, Nebel. Ich beobachte so das Entstehen einer nebligen Ebene, in der bei Tag und bei Nacht Formen sich zu einer Landschaft zusammensetzen" (Eric La Casa).


Production

Compositions originales par Eric La Casa (1996 – 2004)
Mixage : version spéciale pour la Deutschland Radio par Eric La Casa (février et novembre 2005)
Voix : Jephan de Villiers : lectures de ses textes (inédits) et du texte original de Caroline Lamarche
et Sophie Daull (lecture en allemand)

Avec le soutien de : Espace Jephan de Villiers (Corloux, France - Bruxelles, Belgique), Collection Mémoires (Paris), le studio de la Grande Fabrique (Dieppe), et L'A.C.R. - France Culture.

 

Broadcasting/Diffusion : Deutschland Radio, December 23th 2005


Mixage dans l'ordre d'apparition

00:00 Jephan de Villiers en forêt de Soignes, Bruxelles … 01:06]
00:10 Voix … 01:11] texte 1
00:47 Mémoires-Horizon… 08:20]
07:00 Voix… 07:40] texte 2
07:14 Mille et trois souffles d'écorces … 22:03]
14:44 Fragments de mémoires 2… 18:17]
17:51 Crysalithe 18:26]
18:15 Fragments de mémoires 2… 22:30]
18:15 Voix 7 … 18:37]
20:44 Voix 8 … 20:53]
21:59 Voix 5 … 22:28]
22:28 Silence 2238]
22:38 Crysalithe … 27:55]
26:45 Crépuscule … 37:37]
35:31 Voix 3 … 37:53]
36:00 Jephan de Villiers en forêt de Soignes, Bruxelles … 38:55]
37:15 Nuit … 43:54]
37:53 Crysalithe … 43:26]
41:44 Voix 4 … 44:40]
42:40 Aube … 48:18]
43:45 Jephan de Villiers en forêt de Soignes, Bruxelles … 44:34]
44:49 chant … 45:48]
47:38 Nuit … 52:00]
48:01 Voix 6 … 49:04]
48:45 Mille et trois souffles d'écorces … 50:04]
49:08 chant 2 … 50:43]
50:03 Voix 9 … 50:40]
50:18 Jephan de Villiers en forêt de Soignes, Bruxelles … 50:38]

 


Paysage


Depuis des années la question du paysage est devenue centrale dans mon travail. Par le sonore, je file les rumeurs des étendues, pour en relever des représentations significatives. Ici, le territoire révélé ouvre une perspective inattendue dans la géographie des œuvres. Tout se passe comme si, à l'aune d'une peinture de la Renaissance, la fonction du fond (sonore) modifiait la perception visuelle immédiate (celle d'un premier plan). Dans son ouvrage "l'homme dans le paysage", Alain Corbin, au sujet de l'espace représenté dans le fond du tableau de Jan van Eyck (La Vierge d'Autun), poursuit cette réflexion : "nous aurions tort de conférer le statut de paysage autonome à cette portion d'espace dont la représentation s'accorde à la fluidité et à la transparence de l'air qui, tout à la fois, enveloppe et dilate la scène".

 


Programme conçu avec les œuvres

- Mille et trois souffles d’écorce ou la dernière forêt en marche (Septembre - Octobre 1996)
Composée pour une œuvre de Jephan de Villiers (du même nom) à partir de bois frottés…, de cris d'animaux, de souffles et de voix (de l'auteur), et d'un instrument (le crystal Baschet)

- Fragments de mémoire 2 (Novembre 1996)
Composée pour Voyage en Arbonie - Jephan de Villiers, un portrait sonore consacré à ce sculpteur, à partir de bois roulés, de souffles et de voix (de l'auteur), de la parole de Jephan de Villiers, d'électroniques divers, et de la complicité d'un noctambule de la forêt.

- Chrysalithe (Octobre - Décembre 1997)
Un jour, attiré par les grondements telluriques d’une écriture lointaine,
je remonte les sillons incandescents de deux plumes volcaniques.
Soudain, toutes les matières sonores se transmuent en une terre vibratoire.
Alors, je redécouvre que l’en-dedans des sons expire l’au-delà des sens.

Composée pour et avec les écritures imaginaires de Jephan de Villiers (à la plume, prises de sons), et avec : du métal (bol et clochettes tibétaines, gong thaïlandais, chimes, cymbale, piano préparé, et objets divers), du bois (claves), des matières végétales (graines) et minérales (prises de sons à Sollac, Dunkerque), des souffles et des voix (Syllyk).

- Nuées part 1-4 (mars - juin 2004) 1.nuit 2.aube 3.crépuscule 4. mémoire-horizon
part 1-2 : à partir des respirations et des voix
part 3 : à partir des matériaux de l'atelier, et d'un orgue (à l'extrême fin)
part 4 : à partir d'un orgue ( improvisation de Jean-Luc Guionnet, musicien et compositeur, Paris )
Commande de Rurart, pour l'exposition "mémoires de terre" de jephan de Villiers, à l'espace d'arts de Rouillé, France (juin 2004 – janvier 2005)

 

Résonance des mots
Le ciel. Nue. "Tomber des nues". La surprise. Des couleurs. Un nuancier. Nuer. Une multitude. Nuages. Amas gazeux. Les nuées. Une étendue. Sol.

Composition
1- Collecte
Je procède à un collectage sonore dans l'atelier de Jephan de Villiers, à Corloux (Charente-Maritime), en mars 2004.
Pour être plus précis, d'une part, je commence par sélectionner des matériaux, en devenir, pour leur sonorités : tronc d'arbre creux, feuilles et brindilles sèches, plaques de bois préparées, bobines de cordes en chanvre, galets, plumes diverses, … Je les manipule en recherchant le geste (de la main) qui offre le plus de conséquences sonores pour chaque type de matériau : griffures, écrasement, torsion, glissé, caresses, etc.
D'autre part, hors de mes improvisations vocales dans l'espace de l'atelier, je demande à Jephan de Villiers de choisir un texte. Le texte de Caroline Lamarche, extrait de "Les Ours", le conduit à de multiples variations : lecture intégrale non dramatisée, fragments murmurés, psalmodiés, répétés, etc.
2- mixage
A partir d'un choix de sons, un traitement numérique dissout la réalité concrète dans des solutions digitales. Rien ne doit plus rendre compte d'une matérialité connue, voire environnante. La plupart des objets passent alors d'un état solide à un état gazeux : la matière devient nuage, brume, etc. J'observe ainsi la naissance d'une étendue vaporeuse dont certaines émanations, à la lumière du jour et de la nuit, font paysages.

 

 


TEXTES

de Caroline Lamarche
extraits de jephan de Villiers "Les Ours", Ed. Le Bateau Fou, New York, 2001
traduction en allemand : Sophie Daull et Meike Bürger


1 .
Forêts. Arbres. Que les bûcherons abattent. Qu'ils amputent de tout ce qui dépasse, branches, (…), saillies en forme de museaux, tout ce qui pique ou grogne, (…). Dans la forêt, …

Wälder. Baüme. Die die Holzfäller abschlagen.
Denen sie alles was übersteht abschneiden, Äste, Vorsprünge in Schnauzenform, alles was sticht oder knurrt. Im Wald...

2 .
Jephan se promène, I'œil au sol. Heurte un mufle de bois. Ramasse cette forme primitive. Museau sans narines, sans regard, sans bouche ni dents, qui n'est de lion ni d'ours, de chien ni de tortue. Bouche d'ombre. Sans mots.

geht Jephan spazieren, die Augen am Boden. Stösst sich an einer Holzschnauze. Hebt diese Urform auf. Schnauze ohne Nasenlöcher, ohne Blick, ohne Mund noch Zähne, die weder die eines Löwen, noch eines Bären, Hundes oder eine Schildkröte ist. Ohne Worte.


3 .
Prolonger le museau de bois par un corps de terre, de boue mêlée de feuilles, d'eau mêlée de colle, le tout emmailloté de cordes. Les couches se superposent (...)
Du temps en strates, de l'air, de l'eau, de la terre. Six semaines ? Deux mois ? A terme, on voit le grain de la forêt dans cette fourrure-là, on voudrait le toucher, le manger, ôter la croûte et dérouler la corde, refaire le travail à I'envers, se maculer les mains, revenir au mufle originel, le replacer sur l'arbre. Mais on ne touche pas, on regarde. Comme les enfants. De toutes façons, l'arbre n'existe plus, et le renflement de bois, au lieu de pourrir quelque part, est devenu museau, d'où surgit un corps d'ours, un ours qui appelle un ange.

Die Holzschnauze durch einen Erdkörper verlängen, mit Blättern gemischter Matsch, mit Leim gemischtes Wasser, das Ganze mit Kordeln verstrickt. Die Schichten liegen übereinander (...)
Aufgeschichtete Zeit, Luft, Wasser, Erde. Sechs Wochen ? Zwei Monate ? Am Ende sieht man den Samen des Waldes in diesem Pelz, man möchte ihn anfassen, ihn essen, die Schale aufbrechen, die Kordel aufrollen, die Arbeit rückwärts noch einmal machen, sich die Hände schmutzig machen, zur Urschnauze zurückkehren, sie dem Baum zurückgeben.
Nicht anfassen, nur schauen. Wie die Kinder.
Wie auch immer, der Baum existiert nicht mehr, und die Schwellung des Holzes, statt irgenwo zu verrotten, ist Schnauze geworden, aus der ein Bärenkörper zum Vorschein kommt, ein Bär der einen Engel ruft.

 

4 .
L'ange vient sur la terre, et la terre est un ours. Si Icare était tombé sur la terre, et non dans la mer, s'il s'était posé sur le dos d'un ours au lieu de voir ses ailes fondre au soleil, se dissoudre dans les vagues, si Icare était encore parmi nous, si Icare ne tombait jamais... Pas de chute (…). Un repos. Une faiblesse qui trouve sa force. L'ange sur le dos de l'ours. L'ours aveugle, l'ange qui voit. L'ours lié, sans regard et sans mot, unique refuge des visions, des rêves, des envols.


Der Engel kommt auf die Erde, und die Erde ist ein Bär. Wenn Ikarus auf die Erde gefallen wäre, und nicht ins Meer, wenn er auf dem Rücken eines Bären gelandet wäre, statt seine Flügel in der Sonne schmelzen zu sehen, sich in den Wellen aufzulösen, wenn Ikarus noch unter uns weilte, wenn Ikarus niemals fallen würde ... Kein Fallen(...) Ausruhen. Eine Schwäche die ihre Stärke findet. Der Engel auf dem Rücken des Bären. Der Bär ist blind, der Engel sieht. Der gebundene Bär, ohne Blick und ohne Worte, einzige Zuflucht der Visionen, der Traüme, des Fliegens.

 

5 .
L'envol seul nous échappe. L'envol est ce trou dans le récit, cette sculpture absente où l'ours et I'ange se séparent. L'envol est ce vide, ce blanc où la musique s'arrête, ce silence (…)

Nur den Augenblick des Abflugs, kennen wir nicht.
Der Abflug ist diese Lücke in der Erzählung, diese fehlende Skulptur, wo der Bär und der Engel sich trennen. Der Abflug ist diese Leere, diese Pause wo die Musik anhält, diese Stille.

 

6 .
La mémoire enfin, symbole de l'œuvre, de ce qui se glisse dans les trous du réel, dans les moments où la musique se tait. l'œuvre, fragment de mémoire, œuf primordial recomposé, monde un instant ouvert, scinde, touche par la folie, mais ressoude à la jointure, et dépose comme témoignage.

Letztendlich die Erinnerung, Symbol des Werkes, dessen was sich in die wirklichkeitslücke hinein schleicht, in die Augenblicke, in denen die Musik schweigt. Das Werk, Erinnerungsfragment, wieder zusammengesetztes Urei, kurzöffnete Welt, bricht auf, berührt durch die Verrücktheit, aber verschweisst an der Naht wieder, und legt als Zeugnis ab.

 


Citations de et lus par Jephan de Villiers


7 . j'ai échangé l'écorce de mon corps avec la peau des arbres et je me sens de plus en plus redevenir forêt.

Ich habe die Rinde meines Körpers mit der Haut der Baüme getauscht, und ich fühle mich mehr und mehr wieder Wald werden.


8 . j'ai vu la forêt s'envoler

Ich habe den Wald davonfliegen sehen.


9 . Il est presque midi et je vais m'agenouiller pour dessiner un sourire sur le mur de ma chambre. Après, je regarderais les nuages.

Es ist fast Mittag, und ich werde mich hin knieen, um Lächeln auf meine Zimmerwand zu zeichnen. Danach, werde ich die Wolken betrachten.